Jour 37 : Jiankou Mutianyu – la dernière course

Jiankou MutianyuNe prenez rien sauf des photos, Ne laissez rien sauf des empreintes. Gardez la Muraille sauvage et merveilleuse !

Le départ

Je me réveille vers 6:15, il fait déjà jour ! Je branche à nouveau la couverture chauffante, je mets les chaussures à chauffer. Le réveil sonne, j’enfile le duvet, j’avale le quart de litre de malto et je mange la grosse pomme. Chaussures enfilées je suis prêt à partir. Mon voisin de chambrée veut une photo de moi puis se recouche.

Jiankou MutianyuIl fait moins de zéro au départ mais la pente du sentier qui s’accentue et le lever de soleil plus tard vont me réchauffer :).

Il fait sacrément froid (toujours)

Il n’est pas encore 7h00 et je suis parti. Dehors il fait sacrément froid. Quelque chose en dessous de zéro. Dès que j’arrête de bouger les bras je sens l’onglée qui approche malgré les gants de course.

La trace GPS en route, le sentier qui part directement du pied de l’auberge droit vers la montagne est très facile à trouver. Je me demande comment certains arrivent à se perdre ?! Léger sur mes appuis j’effraie deux « photographes à touristes » qui me voient filer sur le début du sentier.

Jiankou MutianyuLe soleil se lève sur la grande muraille.

Sur la muraille

Au bout de 18mn de montée rapide, duvet rangé dans le sac à dos, je suis sur la muraille. Le soleil se lève sur la tour à mes côtés et j’ai un grand sourire sur le visage. Ici la muraille ressemble à la muraille. Il y a certes quelques briques effondrées, quelques petits arbres ont poussé mais le sentier est reconnaissable, praticable, la muraille est visible.

Je sens que ça va être une belle journée. Malgré cela je reste très prudent sur le pronostic m’attendant à un sentier présentant de grandes difficultés et j’attaque alors directement dans le sens qui mène à l’arrivée du jour.

Jiankou Mutianyu(Peut être difficile mais) Une belle journée devant moi.

Les randonneurs

De temps en temps je croise des groupes de randonneurs chinois. Oui, cette section fameuse est beaucoup plus pratiquée que ma première course sur le mur (un couple rencontré à mi-chemin en 2 jours). Du coup, me voyant progresser dans ma tenue de sportif, à vive allure et sans crainte, je me fais arrêter pour des séances photo. Et je me demande si ça ne va pas impacter mon plan de course annoncé comme critique.

Jiankou MutianyuLa muraille tel un dragon improbable se glissant sur la crête de sommets en sommets.

Facile mentalement

Tout en restant concentré… la chute est souvent interdite au risque parfois d’être en effet mortelle. L’évolution est une partie de plaisir. Les difficultés des moments funs et le reste facile au moins mentalement – pas de sentier à chercher, pas de muraille à trouver. Je peux progresser vite. Il faut parfois contourner un obstacle, mais l’alternative est claire et je n’ai pas besoin de me référer à la carte ou aux POIs.

Certains passages n’en sont pas moins impressionnants et si la maîtrise n’est pas là cela est clairement dangereux. Parmi eux, les “38 pas de géant”, un escalier d’environ 6m de haut avec de très hautes marches de moins de 10cm de large, ni corde ni chaine pour se tenir ; je touche les marches avec mon coude.

Jiankou MutianyuEn haut des “38 pas de géant”. Y a comme un vide ? C’est bien par là pourtant :)

Plus loin il s’agit d’effectuer quelques petits pas d’escalade. Il faut mettre les mains à plusieurs reprises. Et forcément il ne faut pas tomber.

Si on a le pied montagnard, l’équilibre, pas peur du vide, et qu’on grimpe un peu, ça se déroule très bien. Sinon l’aventure risque de prendre du temps et d’épuiser le randonneur non averti.

Jiankou MutianyuPlus loin sur la grande muraille au petit matin.

Je rattrape en chemin un couple de français originaire des alpes et ils me suivent de pas très loin – le trou se fait surtout sur les partie où je cours, pour le reste je passe pas mal de temps à prendre des photos, ranger tous mes vêtements alors que je suis maintenant en short et débardeur, et me faire prendre en photo.

Jiankou Mutianyu
Comment dire, raide…

Jiankou MutianyuDans le vif du sujet, bâtons dans le dos, je grimpe.

Jiankou MutianyuIci à la descente, il y a la place pour un pied le long du rocher qui entrave la muraille.

Première « boucle » terminée

Je suis au point de retour (à moins de 30mn de finir la boucle) du tour annoncé la veille pour durer jusqu’à dix heures, en tout juste 2h30 ! J’ai comme l’impression que j’aurais eu le temps de faire le grand tour de “quinze heures”.

La plus haute tour passée et son accès vertigineux, qui sert de barrière naturelle pour les touristes s’aventurant depuis Mutianyu, je croise plus de monde.

Je comprends les mises en garde

Parfois ça fait peur. Ça me rappelle les mises en garde. Je croise un groupe quasiment à l’agonie et son « guide » qui vérifie sa trace sur GPS. Remarque je pense qu’ils n’iront pas beaucoup plus loin mais la descente glissante du retour (à cause du sable sur les briques en pente) en devient dangereuse. Plus loin une randonneuse du dimanche originaire de Singapour qui me demande « combien il faut de temps pour aller à Jiankou, combien tu as mis de temps ? ». Je lui suggère fortement de prendre la première descente vers le village, avant les passages exposés et que ça lui prendra environ 3h. Elle insiste et me demande « et si je veux pas descendre mais continuer ? »

Jiankou MutianyuUn passage plus tranquille où l’on peut dérouler la foulée.

Sur la zone touristique

Pas beaucoup plus tard je rejoins Mutianyu. Là où dans l’autre sens il y a un panneaux pour dissuader les touristes, où il y a les premiers mètres de muraille restaurée et également la première vendeuse de souvenirs. Cette dernière est très intéressée par mes bâtons et après une longue discussion et un test, elle me propose de m’en échanger un contre un tshirt :).

Tout le monde a le sourire, c’est parti pour dévaler sur Mutianyu.

Jiankou MutianyuA l’entrée de la zone touristique, en appui sur les Exel Nordic Pro en carbone – ils en ont bouffé des km, des cailloux et des dizaines de milliers de marches !

Entre les tours de la muraille je peux courir à pleine vitesse, avec souvent des accélérations entre les groupes de touristes ce qui fait vite monter dans le rouge mais c’est fun. Je profite des ralentissements imposés par les visiteurs pour faire redescendre le cardio, boire une gorgée.  Je considère de longs groupes de marches peu élevées comme un terrain plein de cailloux et continu de courir sans hésiter, je fais confiance à mes appuis, à mes chevilles. Je reconnais quelques passages que j’avais vu en photo. Les fameuses hautes marches de la section que beaucoup montent en utilisant les mains et que je franchis en courant, en propulsion d’une haute marche à l’autre.

Jiankou Mutianyu
Course entre les tours et les groupes de touristes.

Have fun !

Un événement, des caméras, quand je vois des mecs du staff plutôt typés américains je leur demande ce qu’ils filment. Le mec en me montrant le logo sur son bonnet : “je te donne un indice, c’est écrit là. Euh c’est à dire ? (Quitte à passer pour un imbécile). C’est Transformers. Ah ok. Et toi ? (En lui montrant mon passe montagne sur la tête) C’est écrit là ;), je cours des marathons. Have fun ! You too !”

Et je continue à traverser Mutianyu en courant, sans pression, je n’ai plus de contrainte dure de timing – j’ai au moins deux heures devant moi avant de devoir trouver un bus, je peux descendre de la muraille à chaque instant – et je peux me faire plaisir.

Jiankou Mutianyu
L’intérieur d’une tour de la muraille, au bord de la zone touristique.

Nouvelle section calme

Je me trouve assez rapidement au bout de la section aménagée et ouverte aux touristes. Je continue sur ce qui redevient un sentier calme vers les tours suivantes, jusqu’au prochain village.

Je croise un groupe de randonneurs chinois à qui j’explique mon parcours. Ils me disent que je peux prendre un bus vers Beijing depuis ce village là aussi mais il est encore tôt et je vais donc en profiter pour arrondir le nombre de kilomètres. Je me lance donc à nouveau sur Mutianyu. À mi-chemin je suis bloqué par le tournage du film :-/ 20mn de blocage annoncé. Je repars donc dans l’autre sens.

Jiankou Mutianyu“Faguoren !”

Retrouvailles

À mon troisième passage une dame crie “faguoren !” (« Français ! »). C’est la dame du bus d’hier qui m’a reconnue ! On échange quelques mots. Elle essaie avec sa collègue de me vendre plus ou moins tout ce qu’elle a sur son stand et gentiment elle m’offre trois marrons alors que je reprends ma course. Je fais juste un dernier aller-retour pour le plaisir jusqu’à la dernière haute tour de la section via les hautes marches.

Jiankou Mutianyu
Les hautes marches de Mutianyu en courant pour la deuxième fois.

Il est temps de trouver le moyen de rentrer

Je dois déjà avoir dépassé les 30km au compteur, il me faut encore descendre de la muraille puis trouver un bus vers Beijing. Sorti du site touristique je ne suis pas rendu. Des taxis, des mini-vans mais pas de bus. Je continue donc ma course sur la route. Le gardien du parking un peu plus loin me dit que je peux trouver directement la ligne de bus qui va à Beijing en allant dans cette direction. Plus loin je rejoins une dame et un enfant qui marchent sur la route. Eux doivent savoir où trouver le bus. Proche d’un carrefour la dame confirme la direction vers Beijing et m’indique dans la direction opposée vers où se trouve l’arrêt de bus. En effet une centaine de mètres plus loin je vois un panneau, avec le bon numéro, planté sur le bords de la route. Je ne pensais pas trouver cette ligne de bus ici mais cela n’est que mieux.

En attendant le bus

Alors que j’attends le bus, un mini-van passe plusieurs fois en klaxonnant espérant m’amener je ne sais où. Quand je lui dis que je vais à Beijing pour 20 Yuans il a compris et ne revient plus :). Le temps de faire 2 photos et d’enfiler un t-shirt sec, un bus arrive. Ce n’est pas le bus que j’attendais et je n’ai pas le temps de lire la destination. Dans le doute je l’arrête. Je demande à l’hôtesse si le bus va à Huariou, la ville où passent deux bus vers Beijing. Oui. J’embarque.

Et ça s’enchaîne

A Huariou, je ne connais pas vraiment l’arrêt, alors comme d’habitude, je fais connaître ma destination à mon entourage en plus de l’hôtesse. On m’indique un changement par un bus intermédiaire qui parcourt un kilomètre dans la ville, mais je manque l’arrêt communément utilisé à la descente. C’est pas plus mal, un jeune me pointe vers le terminal de l’autre ligne de bus, à seulement quelques dizaines de mètres. Un bus qui part toutes les cinq minutes au lieu de toutes les demi-heures ; finalement je gagne du temps :).

chinese bus ticketsTickets de bus utilisés sur mon trajet.

De Huariou à Beijing

Sur le retour, en plus de la distance s’ajoutent la densité du trafic et ma fatigue. C’est long, plus de 2h30 pour seulement une soixantaine de kilomètres. Pendant le trajet je mange tout ce qu’il reste de comestible dans mon sac, les derniers biscuits au sésame, quelques noix, deux pâtes de fruit ; je n’ai plus d’eau.

Finalement à destination, gare routière de Beijing. Je connais le chemin de la gare routière de Beijing au métro. Encore trente minutes de trajet. Forcément je ne passe pas inaperçu déguisé en trailer :-).

Jiankou MutianyuSur le chemin de retour dans le métro de Beijing. Qui va réveiller qui ? :)

Je refais le plein

Arrivé à l’appartement, je commence par me réhydrater et par la même occasion je refais le plein de protéine, calcium et minéraux. Puis j’avale sans difficulté, aucune, deux bols de nouilles. Une douche rapide et il me reste un peu de temps pour prendre quelques notes sur la journée avant de me coucher.

Bilan énergétique

Aussi bien pour cette dernière course que sur l’ensemble du projet la mesure des vivres de course était parfaite. Je n’ai manqué de rien et il ne reste rien, que ce soit en glucide (boisson de course), protéines (boisson de récupération) ou lipide (noix pendant la course). Ça va faire de la place dans le grand sac pour le retour :).

Même pas mort et vachement fun

Finalement j’ai bouclé ma dernière étape, malgré les dangers annoncés et la difficulté ; avec des risques raisonnés et une bonne préparation. La lecture du terrain évidente par rapport à ma première épreuve sur la muraille m’a permis de profiter pleinement du décors et du terrain de jeu :).

Le contenu de mon sac de course

Mon gros sac contenait les trois pots de vivres de course, une paire de chaussure de rechange (qui n’a pas eu à servir), une mini serviette, un pantalon et 2 tenues de course, les cartes, plans et documents de voyage, un chargeur de batteries photo et un jeu de pile pour la frontale, quelques médocs de base, du savon liquide multi-usage, un livre.

Ci-dessous, le contenu de mon sac de course auquel il faut rajouter mon duvet (veste à capuche) et une petite polaire.

Jiankou MutianyuLe nécessaire de course.

Lire la suite : Jour 38 et 39 : Derniers instants à Beijing

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