Jour 2 et 3 : Sur la Grande Muraille

Rendez-vous avec le Taxi (jour 2)

Donc la veille j’ai réservé mon taxi pour aller sur “la muraille de l’eau” en lui laissant 100 yuans d’arrhes. J’ai fait confiance après une négociation et discussion de circonstance. Le taxi, est un luxe que j’ai négocié à 550 yuans, comparé au prix du métro (2 yuans). J’ai pris rendez-vous pour 6h00 et il y a près de 80km.

Au petit matin je réveille le personnel de l’accueil de l’auberge pour faire le check-out (récupérer une caution de 50 yuans) et avec une bonne avance je vais au point de rendez-vous convenu avec le taxi (là où je l’avais trouvé, près de l’auberge). Elle, c’est une chauffeuse, arrive en avance, vers 5h45, parfait. On confirme à nouveau le prix et que je ne fais que le trajet aller. Tout va bien en ce début de journée.

trail grande muraille great wallMa chauffeuse de Taxi est au rendez-vous à 5h45 le matin.

Il vaut mieux savoir où l’on va

En général en Chine il faut savoir ce qu’on veut et c’est mieux de savoir où l’on va. Ce taxi ne déroge pas à la règle, heureusement que j’ai imprimé le plan du grand Nord de Beijing jusqu’à ma destination car ce sera son livret de bord. Elle s’arrête quand même deux fois pour demander sa route, c’est toujours mieux que de se perdre.

Presque arrivé, je pensais prendre un chemin annexe pour rejoindre la muraille. Grâce à mon plan hors ligne sur mon téléphone je lui indique le chemin à prendre : Une petite route bétonnée. Elle n’est pas convaincue, demande à des gens au bord du chemin qui lui disent que ce n’est pas bon. Elle reprend la route en me faisant signe que c’était une impasse. Sans blague, une impasse qui s’arrête à la muraille !

La Grande Muraille, elle existe !

Le hasard fait bien les choses, au pied de cette muraille en rien touristique, il n’y a ni guichet ni garde et un lac avec une chute d’eau. Il ne fallait pas manquer ça… Je vois la muraille de mes yeux, wouah, elle existe !

trail grande muraille great wallAux abords de la Grande Muraille, sur la section dite “Muraille de l’eau”.

Sans même faire attention au plan je me jette à l’assaut, franchis le lac et remonte le chemin le long de la muraille. Et me voilà au pied de l’édifice restauré d’une hauteur de 5 à 6m ! Et oui, c’est une muraille et elle joue son rôle…

trail grande muraille great wallQuand la Grande Muraille joue son rôle : infranchissable.

Je fais quelque pas en arrière vers la toute première tour et trouve une toute petite sous fenêtre (la fenêtre étant verrouillée par du barbelé. Je fais un test, en me jetant les pieds devant ça passe. Je fais maigrir le sac à dos, je le fais passer avec les bâtons et je suis. Une fois dedans je ne suis toujours pas sur la muraille, l’escalier intérieur de la tour a été démoli et l’accès bloqué.

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La toute petite sous fenêtre par laquelle je vais passer pour monter sur la Grande Muraille.

En faisant le tour et deux mètres de petites escales il est possible de monter sur la tour. Ça y est je suis sur le mur ! C’est impressionnant ! D’un côté le lac en contrebas, de l’autre un grand escalier à plus de 45 degrés.

trail grande muraille great wallLe premier escalier, tellement raide que je ne peu même pas poser un demi-pied sur une marche.

C’est parti ! Je vois la muraille large, propre ; en effet malgré la dénivelée cette étape ne devrait pas être des plus dures.

Arpenter la muraille c’est rentrer dans toutes ces cartes postales et livres d’images. Malheureusement le climat n’aide pas pour les images, l’atmosphère est très brumeuse (ce n’était donc pas que de la pollution à Beijing). En revanche, les corbeaux chinois dans le silence complètent très bien la scène. En effet sur cette section on est loin des touristes et des randonneurs. Le grand silence, jusqu’à ce qu’en sortant d’une tour, j’entende des cris et des “allo” (hello prononçait par les chinois). Un groupe de touristes qui vient d’accéder par le sentier que j’aurais dû prendre… mais j’aurais manqué la première tour.

trail grande muraille great wallDes kilomètres de Grande Muraille devant moi. Une sacrée sensation.

A mon passage j’entends des “quelque chose quai le“, ils me souhaitent bonne route :).
Encore quelques mètres et je me mets en short et débardeur. Il ne fait pas très chaud mais la dénivelée aidant, pantalon de course et t-shirt manches longues semblaient de trop.

J’avale les mètres, surtout en descente, car à l’horizontale ça ne donne pas l’impression d’aller très vite sur cette muraille infinie qui s’enfonce de crête en crête dans la brume.

A un passage de col, le 3ème déjà, je trouve une route au pied du mur : Celle que je voulais prendre, à coup sûr. Finalement heureusement que je ne l’ai pas prise, j’aurais manqué la plus belle partie de cette section.

trail grande muraille great wallLa Grande Muraille file à perte de vue dans la brume de cols en sommets.

Devant moi maintenant la muraille est en moins bon état mais toujours là et solide, des escaliers raides, même très raides. Certains n’ont pas le nom “d’escaliers vers le ciel” juste parce qu’ils ne sont pas touristiques :). Des marches de 5cm, haute de 30cm ou plus. A un moment l’escalier est tellement raide qu’il s’est décroché de la roche qui le supportait et c’est deux pas d’escalade avec quelques mètres de vide à effectuer. Et je déroule.

trail grande muraille great wallArrivez-vous à deviner la Muraille extrêmement raide sur le sommet suivant ?

trail grande muraille great wallLa Muraille sauvage c’est le vide. Quelques pas d’escalade sont parfois nécessaires.

La muraille c’est du trail hardcore

Mais rapidement plus j’avance et plus la muraille se dégrade. Cela passe d’une voie de publicité pour voiture française à un sentier dans un éboulis. La progression est plus difficile mais finalement ressemble à un sentier de trail.

trail grande muraille great wallDans le vif du sujet. La Muraille ici encore praticable.

Jusqu’à ce que la muraille rentre dans la forêt, ou plutôt que la forêt rentre dans la muraille. Et là, on est très loin du programme du début ! Plus de vitesse, plus de chemin facile, en fait quasiment plus de chemin du tout.

trail grande muraille great wallLa forêt n’a laissé pour passage que quelques centimètres de pierres instables au bord du vide.

Parfois j’avance dans un éboulis désordonné. Le plus souvent je chemine sur le muret de bordure, large de 50cm. Une végétation haute de 3 mètres a envahi tout le reste de l’espace. Heureusement je m’étais entraîné à courir sur le muret du bord de mer, si bien que j’arrive à rester concentré sur ma progression malgré l’exposition au vide.

Viennent s’ajouter au programme des montées ou descentes de terre extrêmement glissantes, des passages d’escalade. Rarement plus de 3 ou 4m à monter, parfois moins mais généralement pour franchir un rocher, une cassure avec une très forte exposition au vide, parfois plus de 100m de falaise derrière quelques buissons. Même en courant le plus possible la vitesse moyenne est très faible.

trail grande muraille great wallLe vide à peine dissimulé derrière les buissons. Le seul passage est la crête de ce rocher pas plat du tout.

Si Indiana Jones faisait du Trail

Vient alors ce qui va constituer le reste et donc la majorité du parcours, un sentier perdu dans la forêt, à peine marqué. La fréquentation très faible laisse dominer la végétation. Il faut souvent sentir le sentier invisible à l’œil non aguerri, écarter branches basses et hauts buissons. Cela freine doublement la progression : la végétation au milieu du chemin est un réel obstacle mais il faut en plus avancer suffisamment lentement pour différentier le sentier de deux buissons plus épars. C’est très fatigant physiquement et mentalement.

Parmi les autres pièges, des passages où il faut quitter la muraille pour contourner des passages abruptes. Tous les contournements ne sont pas nécessaires et certains sont de mauvaises pistes. C’est comme ça que je me retrouve une fois à remonter droit dans le pentu comme un sanglier hors sentier pour retrouver la muraille.

trail grande muraille great wallCe spécimen fait une dizaine de centimètre d’envergure. Son petit frère me trottait sur le bras.

Après 4h de course j’arrive à une tour où deux randonneurs font leur pose méridienne. Ce sont les deux seules personnes que je vais croiser de tout ce périple. Ils me disent qu’ils repartiront dans l’autre sens et quelques autres phrases en chinois que je comprends “xiu qi y hoa” (repose toi un instant) et étonné “i ge ren” (tu es tout seul ?).

Se sentir perdu tout en étant sur le bon chemin

J’en profite pour avaler une poignée de noix et je reprends sans tarder ma course et …ma divination de chemin. C’est comme se sentir perdu tout en étant sur le bon chemin. La situation ne m’est pas des plus agréables mais je supporte plutôt bien quand je pense qu’elle serait intolérable à beaucoup.

De montées en descentes cela continue encore quelques heures. Jusqu’à la désillusion du jour : Alors que j’espérais trouver une muraille qui s’améliore en approchant de la route, je ne trouve plus rien ! 300m de vide. Face à moi une falaise, devant moi une muraille qui s’arrête net et en contrebas, la route. Sur la carte à plat, la muraille touche la route, à 150m d’altitude près. J’ai eu beau fouiller pendant des semaines les meilleures cartes d’altitude que j’ai trouvées étaient lissées à presque 200m avec des erreurs de 150m sur certains sommets !

trail grande muraille great wallLa muraille s’arrête net, une falaise et 300m de vide me séparent de la montagne en face.

Chercher une issue

Bref, il est 15h, j’ai comme option de faire demi-tour sur 500m (donc un paquet de dénivelée) pour prendre un des sentiers qui descend dans le vallon précédent et rejoindre une route un peu plus bas. J’utilise tous les outils en ma possession, carte, GPS… Le sentier est censé être devant moi mais point de sentier. Je tente des percées en mode sanglier pour voir si je trouve trace du sentier plus bas mais ce n’est que beaucoup d’énergie dépensée sans succès.

Je pars alors à la recherche d’une autre trace un peu plus à l’ouest, d’où je viens. Et j’en trouve une, de l’herbe couchée, des branches cassées, je regarde sur la carte hors ligne ma position GPS ; pile poil sur le sentier ! Normalement à 600m en contre bas je devrais retrouver la route. Je me lance dans la forte pente, 45% peut être, il faut se tenir aux arbres pour ne pas glisser. Et à mi-chemin je me trouve devant une cassure d’au moins 4 mètres, peut être plus. Je vais sonder sans sac, si je descends il me sera impossible de remonter ! Et devant quelque chose qui annonce une autre forte pente car je ne vois que des nuages. Je n’ai pas envie de risquer de me blesser ni de tester ma balise de détresse, je décide avec une deuxième déception de faire demi-tour.

trail grande muraille great wallDes heures passées dans les broussailles. Les bras sont “rouges”.

La remontée est très difficile, glissante. Quand j’arrive de retour sur la muraille, il reste environ 1 heure de jour devant moi. Je n’ai aucun sentier alternatif à moins de 4h. Je décide alors de marcher jusqu’à la tour la plus proche pour me mettre à l’abri des intempéries et d’y passer la nuit. Une nuit de 12 heures dehors c’est long. Je trouve un endroit assez plat dans les décombres de la tour. Finalement ça doit être ni moins beau ni moins confortable qu’un lit chinois :).

trail grande muraille great wallUne tour me sert de refuge pour passer la nuit sur la Grande Muraille.

Une nuit sur la Grande Muraille

Je me force à manger, je bois, j’enfile tout ce que j’ai comme vêtements. Je vide mon sac d’objets durs, ça fera un bon oreiller. Et voilà. Il est 19h, dodo. A 20h le froid me réveille. En haut, j’ai très chaud mais le pantalon de course léger et les chaussures aérées sont très justes. J’essaie de me rendormir toutefois la sensation de froid bien que surmontable est persistante. Je ne veux pas cramer toute mon énergie cette nuit et être incapable de reprendre la course demain pour rentrer ; je sors la couverture de survie. Je me rendors après un moment. 1h du matin le froid me réveille à nouveau. Une brise s’est levée et la tour aux grandes ouvertures la laisse entrer. Je me blottis derrière quelques briques. Après avoir bu quelques gorgées de boisson énergétique ; Un instant à claquer des dents le temps de me réchauffer dans ma nouvelle position et je me rendors. Il faut dire que le décalage horaire, 6 heures, d’il y a tout juste 1 jour n’est pas encore assimilé et ce n’est pas là pour aider à dormir. Vers 4h (22h en France) je me rendors.

La course de retour (jour 3)

A 6h je me réveille avec le jour. Je ne perds pas de temps. Deux pâtes de fruits, une poignée de noix et je reprends la course de retour.

trail grande muraille great wallSur mon chemin de retour, la Muraille continue sur un relief tourmenté.

Malgré la nuit dehors, je progresse plus vite qu’à l’aller. J’évite les détours inutiles, je reconnais les zones dangereuses. Cependant une course en montagne n’est gagnée que de retour au camp de base. En suivant une trace bien marquée je vais me le rappeler. Je continue dans cette trace, je sais que la végétation était épaisse dans cette zone, je fais le sanglier et me voilà finalement enfoncé dans la végétation, hors sentier. J’essaie de faire demi-tour mais je ne vois pas immédiatement d’où je viens dans cette végétation épaisse, alors que je suis à 150m de la trace inaccessible par ce côté de la crête. C’est avec acharnement que je vais me sortir de cette situation sans autre issue. La marque suivie menait à un point de vue :-/

trail grande muraille great wallIl reste des passages où il faut être très vigilant. Tout juste la place pour poser les pieds surplombant des dizaine de mètres de vide.

Je continue mon retour jusqu’à trouver un nouveau sentier alternatif qui descend dans la vallée. Ça tombe parfaitement bien. Ce départ colle exactement au GPS avec le sentier que je voulais prendre, le meilleur compromis pour éviter les désescalades plus loin sur la muraille. Je charge cette trace d’après la carte dans le GPS et je suis le sentier bien marqué. Très rapidement le sentier s’éloigne de la trace ce qui confirme encore le peu de fiabilité de cette carte sur cette zone peu fréquentée. Le sentier de l’époque à dû être repris par la végétation. Celui ci est bien marqué, je vais le suivre. Cela se passe bien, je descends vite jusqu’au premier signe de civilisation.

trail grande muraille great wallDeux tombes traditionnelles au milieu des châtaigneraies.

trail grande muraille great wallDans le petit village, la pesée des sacs de châtaignes.

Faut il encore rentrer à Beijing !

Un champ au bord de la trace me fait jardiner un moment. Je croise les premiers paysans, cultivateurs de châtaignes, certains surpris et rigolant, d’autres trop affairés. Je parviens finalement dans un petit village. En arrivant sur la route principale, je vois mon homme. Une personne debout au bord de la route en habit de ville. Ce mec-là doit attendre un bus, bien qu’il n’y ait absolument rien d’un arrêt de bus. La chance vient à moi. Ce monsieur va à Beijing !

trail grande muraille great wallUn villageois attend le bus au bord de la route. Il va me conduire de bus en bus à Beijing.

Je vais vite me rendre compte que sans lui, même en parlant chinois ça aurait était impossible de rejoindre la ville. Ce sera en fait trois bus qu’il faudra prendre avec des changements rapides sur des parking au milieu de nul part ou en traversant des échangeurs de voie rapide ! Mon sauveur descend avant moi.

trail grande muraille great wallUn des bus du retour.

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Ne cherchez pas Beijing, ça n’y est pas; il faut juste connaître l’itinéraire.

Quand j’arrive au terminus du bus il faut repérer un métro et là je rencontre des étranger qui parlent chinois et qui trouvent quelqu’un à suivre. Là encore c’est un dédale urbain avant de rejoindre la station. Le trajet du retour m’a coûté 37 fois moins cher que l’aller… Dans le métro au milieu des gens propres sur eux, on dirait que je viens de faire le parcours du combattant.

trail grande muraille great wallEn train de traverser un échangeur pour rejoindre le bus suivant. Après deux jours et une nuit sur la Grande Muraille.

Une fois rentré, douche, lessive, je bois beaucoup d’eau, j’avale un bol de protéines et des chips avant d’aller manger un canard et autres spécialités locales excellentes.

Malheureusement toujours pas de repos nocturne, je prends le train cette nuit pour Datong, il me reste une heure vingt de sommeil.

Lire la suite : Jour 4 et 5 Arrivée à Datong

One comment on “Jour 2 et 3 : Sur la Grande Muraille
  1. Lutine says:

    c’est une sacree aventure et ben je suis emerveillee par ton sang froid, moi je crois que je me serai mise en boule dnas un coin et j’aurais pleure
    En tout cas c’est captivant de lire tes aventures, j’ai hate de voir la suite !
    A bientot !

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