Jour 27 : Emei Shan

Emei shanDépart de nuit, les travailleurs du parc de Emei Shan prennent la route.

5h50, le réveil sonne.

J’essaie d’être efficace. Tout le monde dort dans l’auberge – c’est à dire, l’hôtesse de garde dort encore. Il ne semble pas faire si froid, je ne mets pas le duvet ni les gants. Le temps que je m’habille, prépare mon lyophilisé, l’hôtesse se lève et se met en cuisine à laver des légumes. J’avale la moitié de mon repas et je pars.

Départ dans la nuit noire

Je suis déjà sur la route avant 6h30. Dans la rue principale, après la grande porte symbolique d’entrée de la montagne, il y a plein de mini-vans qui font le plein de leurs touristes pour les monter par la route presque au sommet – au pied du télécabine :). A deux reprises dans le noir on veut m’embarquer avec le reste des clients.
Dans la nuit noire, justement il est assez difficile de se repérer aux premières bifurcations, ce qui me ralentit (je suis obligé de sortir la carte avec GPS).

Emei shanDans la nuit noire, entre les panneaux l’orientation est délicate, il ne s’agit pas de s’engager sur la mauvaise route.

Emei shanL’entrée non touristique mais au prix touristique du parc. Encore fermée quand j’arrive.

Ça passe de fermé à cher

Juste avant 7h00, le jour se lève très rapidement. Ça change tout ! Encore quelques centaines de mètres et j’arrive à la porte-billetterie. C’est “fermé”, personne au guichet. Je pourrais passer. Le temps que je fasse quelques photos, la guichetière débarque en tenue de nuit et ne s’est pas brossé les dents. 185 Yuan, Ouch ! ça confirme l’accélération touristique du lieu.

Emei shanJe n’ai pas prévu de boire d’alcool…

Une superbe virée bucolique

Billet en poche, je me lance sur le sentier. Et c’est super ! Évidement personne ou presque. Quelques rares randonneurs qui ont passé la nuit dans le parc et des travailleurs du parc. Un chemin en escalier, en pleine nature, au milieu des bambous et des oiseaux qui chantent.

Emei shanAux milieux des bambous au soleil levant.

Dans cette montée il y a beaucoup de descentes :). Je passe par plusieurs temples très calmes.

Emei shanDes temples très calmes.

A l’approche de l’un d’eux, accessible par la route, j’entends comme une foule de 2000 personnes. Je continue de descendre les escaliers et je trouve tout juste l’équivalent d’un bus en train de vociférer. Est-ce la fin du calme ? Ouf ! Ils sont juste là et personne sur la suite de la route puis du sentier qui reprend.

Emei shanIls sont 50 et font du bruit comme 2000, incroyable.

Ce sentier en escalier qui descend maintenant est extrêmement glissant. Il est couvert d’une fine couche de mousse et baigne dans l’humidité ambiante. A deux reprises j’ai les pieds qui chassent. Je me résous à utiliser les pics sur mes bâtons et à descendre cette section marche par marche ou presque. Je me fais un peu de soucis pour la descente, la vraie, le chemin retour.

Montées et petites descentes continuent de s’enchaîner. Heureusement que je croise une balayeuse à l’approche d’un hameau. Un hôtel tout juste construit mais pas fini est sur le sentier ! De quoi perdre un moment sur les sentes voisines mais grâce aux indications de la balayeuse je fais le tour de l’hôtel et je retrouve le chemin.

La course reste toujours très agréable. Très vert, des chants d’oiseaux et des cascades partout ! Il fait bon, depuis presque le début des escaliers je suis en tenu courte.

Emei shanIl est temps d’avoir assimilé quelques mots de chinois ;) Direction le sommet par la zone des singes.

Là, un bug de carte, pourtant récente et trouvée en Chine. Deux jeunes vont me pointer dans la bonne direction.

Avec les travailleurs du parc

Je rejoins un croisement non loin d’un sentier accessible en bus. Il y a un peu plus de monde mais vu l’heure et qu’on n’est toujours qu’aux premiers 250 mètres de la montée – je suis redescendu beaucoup en suivant ce sentier – c’est très raisonnable. En fait, il y a surtout des travailleurs du parc qui vont vers leur point de vente.

Emei shanDe nombreuses gravures dans la roche sur cette partie du sentier.

Ainsi, je vois trois travailleuses qui s’amusent à faire la course avec moi. J’avance beaucoup plus vite mais elles connaissent tous les raccourcis.

Je passe par l’entrée de la zone des singes où les échoppes de singes en peluche se mettent en place, “monkey business”.

Emei shanLe point de vente à l’entrée de la zone des singes.

Dans cette première zone des singes, je vois trois primates adultes dans les arbres, à une trentaine de mètres. Je ne suis pas vraiment venu pour les singes, je continue ma route.

Emei shanUn rayon de soleil perce à travers la forêt à l’approche d’un temple.

Paysages de peintures chinoises

Les paysages sont toujours aussi beaux. Je comprends mieux aussi les peintures chinoises avec ces falaises dans la brume, les arbres suspendus et les cascades.

Emei shan
Paysage typique des montagnes sacrée.

A deux reprises, en chemin, on contrôle mon passeport, avec mon heure de passage et le lieu où je vais dormir. Le cahier d’enregistrement des passages est un peu rempli n’importe comment mais c’est quand même censé éviter de laisser des randonneurs perdus au milieu de la nuit.

Emei shanPoint de contrôle des passeports, le bureau du manager.

La dénivelée est répartie de façon très saccadée. Des escaliers avec parfois des pentes à 40% sont entrecoupés de quelques longs travers à faible déclivité.

Emei shanUn autre temple croisé en chemin.

Cela permet de courir assez vite sur les sections plus plates et d’avaler la distance du jour.

Rencontre avec les singes

Dans les dernières marches de l’escalier menant au “temple de l’éléphant qui prend son bain”, je me retrouve face à face avec un singe adulte. Je fais le plus grand détour possible, soit moins d’un mètre. Le spécimen est un peu craintif et donc répond un peu agressivement mais je passe.

Emei shanPremière rencontre de près avec un spécimen adulte.

Alors que je prends des photos de l’éléphant, un singe plus jeune apparaît. Celui-là est plus curieux et s’intéresse beaucoup à mes bâtons, au profile incurvé, aux poignées ergonomiques… Il les attrape et me fait comprendre qu’il voudrait faire un test de terrain. J’ai comme un doute sur le fait qu’il me les rende :).

Emei shanLe jeune singe à mes pieds, celui qui a essayé de me soutirer mes bâtons de course.

Je continue ma traversée du temple, nécessaire pour poursuivre sur le chemin. Fait-il plus frais ou est-ce la petite pause photo au temple ? Après le temple, une pente bien raide pour me réchauffer :). C’est également le passage – à 2100m – dans les nuages.

Emei shanL’éléphant dans sa piscine, dehors, dans le nuage il commence à faire frais.

Ici et là, on voit des panneaux mentionnant les singes et le comportement à tenir, ainsi que d’autres pour prévenir des chutes de pierres. A plusieurs endroits ce sont les pierres des marches du sentier qui sont sur le point de tomber :-/

Emei shanEn passant par là.

Tourisme chinois

Juste avant la zone de Leidongping, je trouve un temple en grande restauration ou en construction, difficile à dire. Le Bouddha, dont la destination finale n’est pas encore terminée, dort dans une cabane de chantier improvisée en temple.

Emei shanRénovation ou construction, le nouveau business touristique chinois.

Et me voilà à Leidongping. Ça y est, j’ai retrouvé les chinois. Un grand parking, des dizaines de bus, il est presque ardu de savoir où poursuivre.

C’est la foule sur le sentier. Le reste de la progression risque d’être compliquée. Quelques mètres plus loin, je suis rassuré. Presque tous montent par le téléphérique et ont juste fait quelques pas pour voir deux temples assez proche du parking.

Emei shanUne des nombreuses rencontres sur le sentier qui mène au sommet.

Les 400m suivants se font donc plutôt dans la tranquillité et au soleil. On est passé au-dessus des nuages, à 2500m d’altitude.

Petite pause glucides

Juste avant la jonction avec l’arrivée du téléphérique, je profite du calme pour faire une petite pause glucides. C’est le moment avant d’être sur la mauvaise pente qui mène à l’hypoglycémie. J’avale une pâte de fruit, je mange un peu de mon lyophilisé et je refais le plein de boisson avec le sachet que j’avais préparé dans mon sac.

Sommet à 3077 mètres

Quelques mètres et me voilà au sommet à 3077 mètres, au pied du gigantesque monument, une tour de bouddhas et d’éléphants dorés. Je réalise quelques clichés du sommet et je me fais autant prendre en photo par des chinois qui n’ont jamais vu « en vrai » un blanc en tenue de sport :).

Emei shanAu sommet, séance photo.

Le tour du sommet doré terminé, je cherche à accéder au sommet voisin, haut de 3099m mais j’ai beau regarder ma carte, la comparer aux panneaux d’information, j’effectue le tour de la zone trois fois, je ne trouve pas de chemin. Bon tant pis… En fait, je ne lâche pas l’affaire comme ça, je demande à des vendeurs et vendeuses dans trois boutiques différentes, à un homme à un bureau d’information. A chaque fois on me répond que ce n’est pas possible, qu’on ne peut pas y aller, pas à pied du moins.

Il est grand temps que je redescende.

J’ai 3000 mètres de dénivelée à descendre avec plusieurs remontées, des escaliers glissants (déjà qu’on descend beaucoup moins vite dans les escaliers), environ 30km et il reste environ quatre heures, maximum cinq heures de jour.

Le début de la descente est plaisant. J’ai du jus, il fait beau et bon. De temps en temps je croise des groupes que j’avais vus à la montée. Presque tous veulent prendre une photo, mon temps – de lumière du jour – est compté. Par politesse je me prête au jeu, souvent avec tous les appareils et téléphones du groupe.

Emei shanUne des nombreuses rencontres au début de la descente.

La nuit approche

Alors que je descends de plus en plus et assez vite, malgré tout, que l’heure avance, je vois des groupes qui continuent à monter et espèrent rejoindre le sommet de jour ! L’un d’eux me demande quand même combien il reste pour aller au sommet ; ça faisait deux heures trente que je descendais, j’ai annoncé optimiste cinq heures, impossible d’arriver avant la nuit.

Emei shanUn groupe content de me croiser à nouveau. Très optimiste sur son heure d’arrivée.

Puis, c’est à moi, au passage de presque chaque gargote, qu’on propose un lit pour la nuit. A chaque fois je réponds que tout va bien et reçois un regard dubitatif, surtout de ceux qui ne m’ont pas vu à la montée.

Je triche un peu avec moi-même, je me persuade que je vais bientôt arriver pour disposer d’un maximum de ressources et progresser au plus vite tant qu’il fait jour. Comme le cheval qui sent l’écurie. Et ça marche. Comme ça, je descends 500m de dénivelée et environ 10km. J’apprécie même les montées qui me reposent des descentes et dans les plats je me dis que je pourrais encore courir 10km de plus.

A l’approche du premier contrôle de passeport je me fais très discret, je ne veux pas être arrêté en chemin alors que la nuit s’installe. Peu après, je me résous à continuer avec la frontale. Ensuite, j’arrive au deuxième point de contrôle que je passe sur la pointe des pieds.

La zone des singes, de nuit

A la gargote juste en dessous, je croise le couple de jeunes français rencontrés la veille. Ils ont un peu jardiné à l’entrée puis l’ont prise à la cool. Ils vont passer la nuit là.

J’en ai encore pour un petit bout :). Je vais rentrer dans la zone des singes. Bon ce n’est pas l’heure des touristes, les singes étant plutôt craintifs et dormant dans les arbres plutôt que sur le sentier, je ne me fais pas vraiment de soucis.

A la rigueur je me préoccupe un peu de mon mollet droit qui amortit les atterrissages dans les marches, il commence à être dur. Depuis ce matin j’ai un peu mal à ma cheville droite aussi et maintenant, forcément c’est la symétrie, c’est mon coude gauche qui compense et fait parler de lui.

Dans la zone des singes je croise des lampes, on m’indique un chemin moins tortueux. Je continue ma route, j’entends comme des tirs à air comprimé.

Emei shanLa sortie de la zone des singes, de nuit.

En sortant de la zone des singes, je me souviens des raccourcis pris par les travailleuses, c’est toujours ça de gagné même s’il faut marcher dans le lit de la rivière et passer à gué pour retrouver le sentier principal.

On se rapproche de la civilisation

Me voilà à la bifurcation, soit je continue sur le sentier emprunté à la montée, plus court mais avec plus de dénivelée, soit je trace tout droit et je retrouve bientôt une route. Je suis sage et je me rapproche de la civilisation par cette heure avancée. Deux ou trois kilomètres de course en légère descente et je retrouve la route.

C’est alors que je me rappelle que la route rajoute une bonne poignée de kilomètres. J’y suis, je continue. Après plusieurs lacets en descente, je rejoins la route principale et un panneau qui indique 9km jusqu’au prochain temple proche de mon auberge.

Justement, je ne me disais pas que j’aurais fait 10km de plus:).

Je poursuis encore à un bon rythme pendant l’essentiel de la descente. Ça fait un long moment que je cours dans le noir. Après, 55km, +/-3000m bien tassés et plus d’eau dans le sac depuis 20 minutes, je tends le bras et la troisième voiture qui passe me conduira sur les derniers 3 ou 4 km à mon auberge.

De retour à l’auberge

Il n’est pas si tard. Je prends le temps de boire, de faire le plein de protéines, magnésium et sel minéraux. Puis une bonne douche chaude.

Avec mes mains humides je claque trois moustiques dans la chambre, ce qui suffit à faire place nette.

Pour changer, je commande à l’auberge un plat du Sichuan, du poulet au piment. Je me trouve devant des os de poulet concassés noyés dans une “soupe” de piments ouverts. J’avale cette spécialité sans y trouver grand intérêt. Heureusement, j’ai pris aussi un énorme bol de riz dont je ne laisserai pas le moindre grain.

Sichuan food platUne assiettée de piments aux os de poulet :).

Dodo, 23h.

Une superbe journée !

Lire la suite : Jour 28 Beijing Plan

One comment on “Jour 27 : Emei Shan
  1. Sylvain says:

    Costaud, la grosse étape trail du séjour !

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